Bitcoin : Réserve de valeur ou simple courgette monétaire ?

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Dans le cadre du lancement de StackinSat, je publie une série d’articles pédagogiques sur Bitcoin pour en expliquer les concepts sous-jacents souvent complexes à appréhender et pour apporter un point de vue engagé pro-bitcoin sur l’industrie de la blockchain et des crypto-monnaies.

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Les fanatiques du Bitcoin avancent souvent l’argument de la réserve de valeur comme l’une des principales caractéristiques du Bitcoin afin de convaincre les gens de l’intérêt d’en posséder. Les contradicteurs pensent eux que Bitcoin n’a strictement aucune valeur et qu’il représente une illusion monétaire sans intérêt. Dans cet article, nous allons essayer de comprendre pourquoi Bitcoin est une réserve de valeur en devenir (à ne pas confondre avec une valeur refuge — nous expliquerons pourquoi dans cet article), mais également de comprendre pourquoi il n’est pas encore considéré unanimement comme tel.

Une réserve de valeur doit être capable de maintenir son pouvoir d’achat à travers le temps. Voici la définition la plus basique que l’on pourrait proposer.

Si vous achetez quelque chose dans le but d’être une réserve de valeur, vous vous attendez à ce que celle-ci ne se déprécie pas avec le temps. En effet, dans un futur proche ou lointain, cette réserve de valeur doit conserver un pouvoir d’achat équivalent, voire supérieur.

Instinctivement, les métaux précieux sont considérés comme des réserves de valeur. L’or est d’ailleurs l’exemple qui revient le plus. A travers l’histoire, l’or a déchaîné les passions et a attiré toutes les convoitises. Ce qui illustre parfaitement cela, ce sont les centaines de proverbes qu’il existe autour de l’or. Voici deux proverbes latin de 1757:

“L’argent vaut moins que l’or, mais l’or est moins précieux que la vertu.”

“L’or est le tyran ou l’esclave de celui qui le possède.”

La valeur est quelque chose de subjectif. C’est souvent une question de perception. Elle dépend de beaucoup de facteurs, notamment le rapport entre l’offre et la demande mais elle fluctue aussi selon les individus ou les groupes d’individus.

Par exemple, une bouteille d’eau n’aura pas la même valeur si vous vous trouvez en montagne près d’une source d’eau potable ou en plein milieu du désert. Ou encore, un billet pour le concert du groupe de hard rock très populaire n’aura pas la même valeur pour un fan de heavy metal et une grand-mère qui n’écoute rien d’autre que de la musique classique. Les analogies de ce genre sont illimitées…

Il doit donc y avoir une convergence de croyances collectives sur la valeur d’un bien pour qu’il obtienne le statut de réserve de valeur. Il faut aussi évaluer une réserve de valeur sur une période de temps assez longue. En effet, la valeur d’un bien varie forcément à court terme de manière plus ou moins forte.

Bien que la valeur d’un bien soit toujours relative comme nous venons de le voir, il y a quelques caractéristiques qui peuvent nous aider à déterminer ce qui constitue une bonne réserve de valeur.

Dans un premier temps, une réserve de valeur doit être à l’épreuve du temps. La durabilité d’une réserve de valeur est fondamentale.

La nourriture par exemple a naturellement de la valeur car tout être vivant en a besoin pour sa survie. Pourtant, la courgette ne constitue pas une bonne réserve de valeur car ses qualités nutritionnelles se dégradent avec le temps. Néanmoins, on pourrait supposer qu’il existe une technique de conservation infaillible qui permettrait de consommer une courgette durant des centaines d’années. Mais cette technique n’existe — à priori — pas encore…

La sardine, quant à elle, est souvent prise en exemple comme aliment “anti-crise”, car la sardine à l’huile a même tendance à se bonifier avec le temps ! Il y a même une startup du secteur de la “blockchain” qui en a fait son produit phare c’est pour vous dire…

Mais du coup, la courgette ou la sardine en boîte peuvent-elles devenir une réserve de valeur ?

Intervient alors deux autres propriétés d’une réserve de valeur : la production et le stock disponible. En un mot, sa rareté par rapport à sa demande. Il existe un indicateur financier dédié à cette mesure que l’on appelle le Stock To Flow Ratio — nous y reviendrons plus tard dans cet article.

L’or, par exemple, existe en quantité limitée et demande énormément de ressources pour être extrait. Une fois que tout l’or enfouit sera extrait et disponible sur les marchés, il sera impossible de produire plus d’or, et le stock disponible ne pourra plus jamais augmenter. Pour en savoir plus

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Revenons à notre exemple de courgette. Ce légume est plutôt facile à produire. Tout jardinier amateur est capable d’en produire à moindre frais sans trop de difficultés. Si la courgette devenait une réserve de valeur, on pourrait imaginer que l’humain (et son avarice) irait produire des courgettes plus que de raison. Les marchés seraient alors inondés de courgettes ! La quantité disponible étant bien supérieure à ce que la demande ne pourrait absorber, sa valeur tendrait irrémédiablement vers zéro.

Pour ce qui est de la sardine, l’humain (et sa cupidité) aurait tendance à pêcher et mettre en boîte plus de sardines que l’écosystème ne puisse supporter, éradiquant ainsi définitivement l’espèce. On pourrait alors penser que la sardine en boite deviendrait un bien de consommation très rare et extrêmement demandé… oui et non car c’est un peu plus compliqué que cela.

Intervient alors une autre propriété d’une réserve de valeur : l’indestructibilité.

Imaginons que toutes les sardines aient été pêchées et mises en boîte. Leur rareté serait alors évidente car il serait impossible d’en produire de nouveau. Le stock serait réduit aux seules boites de sardine existantes. Néanmoins, n’oublions pas que sa valeur vient du fait que cet aliment soit la pour nous apporter l’énergie nécessaire à notre survie, en tant qu’être humain. Au fil du temps donc, le stock de sardine en boite tendrait vers zéro. Ce processus pourrait même être accéléré si des personnes malveillantes ouvraient toutes les boites de sardine disponibles détruisant ainsi leur valeur d’un simple coup d’ouvre boîte. Ainsi, on assisterait à la destruction totale de cette réserve de valeur…

L’or quant à lui est indestructible, il existe depuis des milliers d’années et celui-ci reste intact ou presque. Il possède donc cette propriété indispensable pour être qualifié de réserve de valeur. Pour en savoir plus.

Une bonne réserve de valeur doit aussi être difficile à falsifier et la vérification de son authenticité doit être simple

On peut s’accorder à dire qu’il est assez facile de falsifier une boite de sardine. Une simple boite de conserve similaire avec une étiquette de la marque de sardine la plus populaire pourrait passer pour une boite de sardines ayant de la valeur. Gros problème néanmoins : pour facilement vérifier l’authenticité de son contenu, il faudrait alors ouvrir la boîte ce qui détruirait ainsi sa valeur. L’homme pourrait alors inventer un système de vérification sans avoir besoin d’ouvrir la boîte me direz-vous — Peut être en existe-t-il un déjà ? Dans tous les cas, Il faudrait donc que toute personne souhaitant vérifier l’authenticité de sa boite de sardine dispose de ce système, ce qui augmenterait nécessairement les frictions à cette vérification.

Il est difficile (mais pas impossible) de falsifier de l’or. Les techniques pour créer de l’or en laboratoire sont bien trop coûteuses comparées au prix actuel de l’or. Néanmoins, certains escrocs mobilisent de grosses sommes d’argent pour substituer le cœur d’un lingot d’or par du tungstène, un métal au poids très proche de l’or. Ce subterfuge malhonnête est très efficace. En effet, il est difficile et très coûteux de vérifier qu’un lingot ne contienne pas de tungstène sans altérer le lingot lui-même. Pour en savoir plus. L’ironie de cette histoire est que le prix du tungstène a considérablement augmenté depuis plusieurs années ce qui rend le procédé beaucoup moins rentable ! (voir graphique dessous)

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L’évolution du prix du Tungstène de 1900 à 2020

L’or a obtenu son statut de réserve de valeur grâce à ses propriétés physiques : Il est durable dans le temps, indestructible, très difficile et coûteux à produire, très difficilement falsifiable et existe en quantité limitée. Personne n’a décrété que l’or avait de la valeur : C’est collectivement et à travers les siècles que l’humanité a reconnu son statut de réserve de valeur.

Nos aînés avaient l’habitude de se constituer des “bas de laine” ou de garder de l’argent “sous le matelas”. Cette technique est une bonne solution pour se prémunir contre une panique bancaire, le fameux “bank run”, ou encore d’une confiscation des dépôts bancaires comme cela a été le cas des Chypriotes en 2013 ; l’une des conséquences indirectes de la crise de 2008. Il est d’ailleurs possible que des situations comme celles-ci apparaissent à la suite de la crise du COVID 19 dans les prochains mois…

Il est intéressant de constater qu’au fil du temps les monnaies comme l’Euro ou le Dollars ont tendance à perdre en pouvoir d’achat. En effet, 1$ détenus en 1913 ne valent que 5 centimes 100 ans plus tard (voir graphique ci dessous) ! L’origine de cette baisse du pouvoir d’achat est l’augmentation des prix des biens de consommation, plus connue sous le nom d’inflation. Mais en y regardant de plus près ce n’est pas tant le prix des biens ni leurs taxes qui impactent la hausse des prix, mais c’est plutôt la baisse continue de valeur de la monnaie ces dernières années — question de perception encore une fois.

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Evolution de la valeur du dollars de 1913 à 2013

Tout ceci résulte du comportement des banques centrales et de leurs politiques monétaires dites “accommodantes” et “non-conventionnelles” qui n’hésitent pas à faire tourner la “planche à billet” de manière illimitée quel qu’en soit le motif. Aujourd’hui, plus besoin de faire tourner cette fameuse “planche à billet”, la simple pression d’un bouton permet de créer de l’argent. En effet, la monnaie est déjà digitalisée contrairement à ce que l’on pourrait croire : Ce sont simplement des chiffres sur un ordinateur. Elle est aussi appelée monnaie scripturale et elle représente environ 90% de la masse monétaire en circulation !

Il est donc possible de créer de l’argent à partir de rien. La Banque Centrale Européenne l’a même clairement dit dans ce tweet en 2019 :

Le problème est que la Banque Centrale Européenne est sensé être totalement indépendante. C’est ce qui lui permet de garantir la “confiance” des acteurs économiques en la monnaie. C’est cette “confiance” qui fait tenir ce système monétaire déjà à bout de souffle. D’ailleurs, la cour suprême allemande a récemment pointé du doigt certaines actions suspectes de la BCE suite au programme d’achats d’actifs lancé sous Mario Draghi, l’ancien Président de la BCE.

Mais pourquoi la création monétaire fait elle perdre de la valeur à votre épargne ?

Imaginons qu’il n’existe que 100 euros en circulation et que vous possédez 1 euro. Vous possédez alors 1% de la masse monétaire totale. Mais si soudain la quantité d’argent en circulation passe à 1000 Euros, votre euro ne représente plus que 0,1% de la masse monétaire. Votre pouvoir d’achat vient de se faire diluer de 10%. En effet, l’euro que vous détenez à dix fois moins de d’importance face aux autres euros en circulation. Un excès de monnaie en circulation va donc mécaniquement ruiner la confiance en votre pouvoir d’achat : Il faut plus de monnaie pour acheter la même quantité de quelque chose !

Évidemment, le système est bien plus compliqué que cela. L’argent directement injecté dans l’économie est créé par les banques commerciales lorsqu’une personne ou une société contracte un emprunt, puis l’argent est détruit lorsque l’emprunt est remboursé. Mais, l’argent créé par les banques centrales n’est généralement pas directement injecté dans l’économie — il est d’ailleurs souvent utilisé plutôt pour spéculer — et l’inflation n’est pas visible sur les prix directement après la création de monnaie.

Néanmoins, vous comprendrez peut-être mieux comment la création monétaire peut réduire votre pouvoir d’achat par simple dilution. Je vous remets l’excellent podcast de Yorick De Mombynes qui explique parfaitement bien tous ces concepts :

La monnaie avait autrefois de la valeur

Nos aînés avaient toutefois raison de considérer leur “bas de laine” comme une réserve de valeur à l’époque. En effet, jusqu’au siècle dernier, la valeur de la monnaie était corrélée au stock d’or détenu par les banques et les Etats. Ces monnaies la étaient donc adossées à quelque chose de tangible.

D’ailleurs, les billets de dollars américains s’appelaient alors des “gold certificate”, les billets de 20$ étaient échangeables contre de l’or sur simple présentation de ce billet.

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Remarquez l’inscription en bas du billet que l’on pourrait grossièrement traduire par : “Le porteur de ce billet peut l’échanger contre de l’or sur simple demande

Depuis 1971, la monnaie ne repose plus sur de l’or mais seulement sur la dette et la confiance dans les Etats à la rembourser, voire même à l’annuler selon certains politiciens d’extrême gauche. Aujourd’hui, votre épargne ne constitue plus une réserve de valeur aussi certaine qu’avant, il n’y a aucune garantie qu’un euro aujourd’hui aura le même pouvoir d’achat dans 10 ans. Souvenez-vous de l’histoire de la courgette !

Oui, mais Bitcoin dans tout ça ?

Le créateur anonyme de Bitcoin, connu sous le pseudo de Satoshi Nakamoto, a inventé Bitcoin pour essayer de reproduire en format numérique les propriétés de l’or — celles que nous décrivons plus haut dans l’article — afin que Bitcoin puisse un jour revêtir le statut de réserve de valeur. Bitcoin doit être durable dans le temps, indestructible, très compliqué à produire, très difficilement falsifiable et exister en quantité limitée. Nakamoto l’a fait.

  • La rareté et la difficulté de production du bitcoin

Bitcoin a été conçu pour exister en quantité limité. Il n’existera jamais plus que 21 millions de bitcoins (20,999,999.9769 bitcoins pour être précis). A l’inverse des monnaies fiduciaires dont l’émission monétaire est modifiable par l’intervention des Banques Centrale, Bitcoin repose sur une émission monétaire inflexible et immuable. La création monétaire de Bitcoin est explicitement codée par une formule mathématique et ne peut être changée. La seule façon de faire entrer des nouveaux bitcoins en circulation est de les miner (mot choisi par Satoshi Nakamoto en référence au minage de l’or).

A la différence de l’or, il n’est pas nécessaire de disposer d’un filon d’or, de creuser le sol et d’utiliser des produits chimiques pour forger une pièce ou un lingot d’or. Le processus de minage est réalisé à partir d’un simple ordinateur pour résoudre un puzzle cryptographique. Ce processus pourrait s’apparenter à une loterie dont les chances de gagner sont proportionnelles au nombre de participants (un ticket par ordinateur) afin qu’en moyenne, il y ait 1 gagnant toutes les 10 minutes.

Le rôle des mineurs est de construire un bloc contenant des transactions en attente de validation et y d’ajouter l’empreinte cryptographique du bloc des transactions précédentes. Le mineur va ensuite devoir trouver un nombre aléatoire qui résout l’équation cryptographique permettant de valider le bloc actuel et de l’ajouter aux blocs déjà existants.

Les mineurs dépensent beaucoup d’énergie pour réaliser ce calcul. Si leurs blocs sont acceptés par le réseau, ils ont droit de recevoir en récompense des bitcoins fraîchement émis. La dépense de cette énergie est nécessaire pour sécuriser l’historique des transactions du réseau. Si un acteur malveillant voulait réécrire l’historique des transactions, il devrait alors dépenser plus d’énergie que la moitié des mineurs du réseau réunis.

Au fur et à mesure du temps, la récompense en nouveaux bitcoins est divisée par deux , c’est le phénomene de halving. Le nombre de bitcoins obtenu en récompense de ce travail a été prédéfini dès le premier jour. A la création du réseau, aucun bitcoin n’avait été miné. Durant les 210 000 premiers blocs, chaque bloc miné créait 50 nouveaux BTC en récompense aux mineurs pour leur travail de sécurisation des transactions. Tous les 210,000 blocs cette récompense est donc réduite de moitié afin de contrôler et de limiter la création monétaire. Le prochain halving du Bitcoin va avoir lieu dans quelques jours, le Mardi 12 Mai 2020, cette opération se produit environ tous les 4 ans.

Du fait de sa politique monétaire programmée dès sa conception, sa limite de 21 millions (en production maximum) et de la difficulté de mettre de nouveaux bitcoins en circulation, Bitcoin est un système monétaire aux antipodes des monnaies fiduciaires inflationnistes comme l’Euro ou le Dollars.

Bitcoin est une monnaie déflationniste ou plus précisément désinflationniste (voir graphique ci dessous). Sa valeur intrinsèque va donc croître mécaniquement dans le temps face aux monnaies fiduciaire traditionnelles (en bleu la quantité totale de bitcoins, en rouge l’inflation monétaire).

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  • Bitcoin est facilement vérifiable, infalsifiable, durable et indestructible

Vérifier l’authenticité d’un bitcoin est extrêmement simple. Toutes les transactions étant publiques, on peut retracer l’historique de chaque bitcoin depuis sa création.

Il est assez facile et peu coûteux de vérifier soi-même l’authenticité d’un bitcoin. Il suffit d’avoir un ordinateur classique en ayant préalablement installé le logiciel suivant les règles du protocole. Il vous faudra également une connexion Internet pour vous connecter au réseau et pour télécharger l’historique des transactions afin de les vérifier une à une (compter moins d’une journée pour le téléchargement complet de la blockchain Bitcoin). Ce type d’installation correspond en réalité à un nœud de validation (un full node en anglais). Tous les nœuds complets possèdent la même copie de l’historique, il en existe plus de 10.000 accessible publiquement. Et encore, on ne compte pas ceux qui souhaitent rester discrets.

Pour détruire Bitcoin, il faudrait détruire tous les nœuds complets et effacer toutes les sauvegardes de l’historique des transactions. Vous avez peut-être entendu dire que des bitcoins sont “détruits” ou “brûlés” mais techniquement ils existent toujours. En effet, les propriétaires de ces bitcoins ont simplement perdu les informations permettant de les localiser ou de les utiliser…

  • Le Stock To Flow du Bitcoin est proche de celui de l’or

Pour mesurer l’abondance ou la rareté de la production de l’or, on peut diviser la quantité d’or existant par la quantité d’or extrait dans l’année, c’est le rapport entre le stock existant et le flux de production plus souvent appelé par sa terminologie anglo-saxonne, le Stock to Flow ratio.

Plus le Stock to Flow est élevé, plus la production annuelle est faible par rapport au stock existant. L’or par exemple a un Stock To Flow bien supérieur à celui de l’argent ou de blé.

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Le flux de bitcoins fraîchement miné et le stock disponible étant prévisible et connu à tout instant, on peut facilement calculer son Stock To Flow.

Voici le Stock To Flow du bitcoin visualisé au fil du temps comparé à l’or en intégrant la réduction les halving à venir.

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Il n’est pas nécessaire de s’étendre plus sur le sujet, la vidéo de Sisyphe est très bien faite pour faire comprendre le concept du Stock To Flow ratio. Cet indicateur est néanmoins à relativiser — il prévoit un prix du bitcoin à 55 000$ en 2020 — même s’il est très pertinent pour définir une tendance à long terme sur l’évolution du prix du bitcoin.

  • L’analyse sémantique du web montre des similitudes entre l’Or, déjà considéré comme une réserve de valeur, et le Bitcoin

Dans le contexte actuel du COVID19, il est intéressant de voir aussi une corrélation très forte dans les occurrences Bitcoin, Or et Covid-19 sur Internet. En effet, l’étude de la startup française SESAMm, spécialisée dans le big data et l’analyse sémantique, matérialise le fait que Bitcoin mériterait autant que l’or son qualificatif de réserve de valeur.

Pourquoi certain pensent que Bitcoin n’est pas une réserve de valeur

Bien que Bitcoin dispose de propriétés intéressantes pour être considérée comme une réserve de valeur, il y a aussi des arguments qui peuvent faire penser le contraire :

  • Bitcoin n’a pas de valeur intrinsèque

Bien que la sardine ou la courgette aient une valeur intrinsèque du fait de leurs réserves caloriques indispensables à notre survie, nous avons vu que ce n’était pas une réserve de valeur sur le long terme.

L’utilisation de l’or dans l’industrie et la joaillerie est un argument souvent mis en avant pour démontrer que l’or aura toujours de la valeur dans le futur, peu importe la variation du prix.

Bitcoin étant totalement numérique, il n’est pas tangible et n’a pas de présence ni d’utilité physique. Néanmoins, le caractère immuable de son historique de transaction permet des usages au-delà de celui de la monnaie. On peut citer par exemple le timestamping (ou horodatage) qui permet de prouver l’existence d’un document numérique à une date précise. La startup française Woleet est spécialisée sur ce segment de marché à fort potentiel. Elle vient d’ailleurs d’annoncer le lancement d’un produit de signature électronique en s’appuyant sur Bitcoin. En résumé, la valeur de Bitcoin n’est pas nécessairement issue de ses propriétés physiques mais aussi, et surtout, de la confiance dans la robustesse du réseau dans son ensemble.

  • Bitcoin manque d’historique de prix et sa volatilité est trop importante

Le tout premier bloc de Bitcoin, appelé Genesis block a été miné le 3 janvier 2009. On peut donc dire que bitcoin a commencé à exister à cette date. Il n’y avait à ce moment-là que très peu d’acteurs dans le réseau. Il n’existait aucun moyen de définir le prix d’un bitcoin, très peu d’offre et pas de demande et donc un marché inexistant.
Seuls quelques Cypherpunks ont testé ce nouvel ovni de technologie monétaire, et cela plus plus par curiosité que pour l’appât du gain en lui même. Voici une vidéo pédagogique qui retrace les origines de Bitcoin du journaliste Grégory Raymond, sur son podcast 21 Millions, que vous recommande chaudement :

Bitcoin a donc seulement un peu plus de 10 ans d’historique de prix sur les marchés. Ce qui est bien faible comparé aux 5 000 ans d’utilisation de l’or comme réserve de valeur… Durant cette décennie, le prix du bitcoin a fortement évolué à la baisse comme à la hausse. Ces fluctuations sont souvent mesurées en finance par ce qu’on appelle la volatilité. Il s’agit d’un indicateur assez simple à calculer qui permet d’identifier le risque d’un actif. Plus l’indicateur est élevé plus le risque est important.

Bitcoin est la classe d’actif ayant la volatilité la plus élevée par rapport aux principaux actifs (sauf depuis le début de la crise actuelle — le pétrole l’a détrôné avec des variations stratosphériques), comme le montre ce graphique :

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Il faut néanmoins mettre ce graphique en perspective par rapport à la performance annuelle de l’actif en question. En effet, le rapport performance / risque permet de mieux apprécier l’attractivité d’un actif. Le ratio de Sharpe est le meilleur indicateur pour la mesurer.

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Source : https://charts.woobull.com/bitcoin-risk-adjusted-return/

Sur les 8 dernières années, on s’aperçoit que Bitcoin est sur la plus haute marche du podium sur toute la période d’observation. CQFD.

Autre point de vue intéressant : Plutôt que de regarder l’évolution du prix en regardant les points les plus hauts de chaque année, il est intéressant de regarder les prix les plus bas pour avoir une tendance structurelle sur l’évolution des prix.

Il n’y en qu’en 2015 où le prix le plus bas de l’année était en dessous du prix les plus bas de l’année précédente.

Cette forte volatilité du Bitcoin, constatée ces dernières années, empêche Bitcoin d’être considéré aujourd’hui comme une vraie réserve de valeur. N’oublions pas qu’une réserve de valeur doit être capable de maintenir son pouvoir d’achat à travers le temps. La communauté s’accorde donc à dire que lorsque la volatilité se tassera — ce qui est le cas depuis quelques semaines — Bitcoin pourrait alors être pleinement considéré comme une véritable réserve de valeur.

Conclusion

Tout au long de cet article, nous avons parlé des propriétés d’une réserve de valeur. Bitcoin est sur le point d’obtenir ses lettres de noblesse à l’image de l’or qui endosse plus que jamais ce statut très recherché. Parallèlement, certains observateurs s’emploient à dire que Bitcoin serait également une valeur refuge. Bien que souvent associées, ce sont deux notions différentes. Une valeur refuge est un bien ou un actif qui résiste à une crise sans perdre de valeur alors qu’une une réserve de valeur doit être capable de maintenir son pouvoir d’achat à travers le temps. L’avènement de la pandémie du COVID19 a été un test grandeur nature pour les classes d’actifs considérées comme refuge comme l’or par exemple.

Avec la volatilité accrue des marchés financiers entraînée par les craintes du coronavirus, l’impact de cette crise sur l’économie mondiale présage d’une menace de récession planétaire. Alors que l’or était censé se comporter comme un refuge de valeur, preuve en est cela n’a pas été le cas : Nous avons assisté à une baisse de plus 100$ du prix de l’or pendant la nuit du 12 au 13 mars 2020, du jamais vu ! Le mini-crash de l’or a commencé à partir de 1703 $ le 7 mars, ce qui était le meilleur niveau de l’or en 7 ans, jusqu’à son plus bas de trois mois de 1469 $ le 16 mars, ce qui est son pire niveau depuis la mi-décembre. La raison est très simple. Les investisseurs se précipitent pour l’argent liquide correspondant à l’adage bien connu : Cash Is King.

Ainsi, les investisseurs se sont précipités en dehors des principales classes d’actifs et ont accumulé un record de 136,9 milliards de dollars de cash en mars. Des métaux précieux aux actions, du Bitcoin au pétrole brut, toutes les classes d’actifs ont été liquidées.

Le Bitcoin a été particulièrement touché dans cette période de liquidation. Le 12 mars le BTC a perdu environ la moitié de sa valeur, passant de 7600 $ par bitcoin à 3868 $ alors qu’il y a deux mois environ il s’échangeait au dessus des 10 000$. La “ financiarisation” du Bitcoin est la principale raison de cette chute brutale comme l’explique très bien cet article de blog de l’exchange Coinbase. Le phagocytage de bitcoin par la finance explique la très forte corrélation du Bitcoin avec les marchés financiers traditionnels pendant la période du krach de mars 2020.

Depuis les points bas de la crise en mars 2020, on s’aperçoit que Bitcoin a récupéré de manière plus rapide (dépassant même son prix d’avant crise et en retouchant même les 10 000$ le 7 mai 2020) avec une volatilité modérée, conduit par ses fondamentaux poussés par la dynamique du halving prévu mardi prochain et surtout SANS les injections massives de liquidité des banques centrales à travers le monde. Tout cela démontre une fois de plus la valeur intrinsèque de Bitcoin, qu’il soit considéré ou non comme une réserve de valeur…

#stacksats

PS : Merci infiniment si vous êtes allé au bout de ce long billet !

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Bitcoin entrepreneur — Angel Investor — Founder @WeSave_FR (acquired by @Amundi_FR in 2019)

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